Intervention des Vert·e·s – élection du bureau du Conseil municipal
Chaque année, ce Conseil renouvelle son bureau selon une règle que personne n’a jamais écrite mais que tout le monde respecte : celle du tournus, qui veut que chaque formation accède à son tour aux fonctions du perchoir. Le tournus connaît cependant une limite arithmétique : presque chaque année, les groupes sont plus nombreux que les fonctions à pourvoir. Rien d’anormal à cela, il est même entendu de longue date qu’un groupe patiente une année avant que son tour revienne.
On a beaucoup invoqué, ces dernières semaines, « l’esprit de Plan-les-Ouates ». Les Verts veulent bien s’y rallier, à condition de s’accorder sur ce qu’est un esprit collectif, qu’on le situe à Plan-les-Ouates ou à Katmandou. Cet esprit ça n’est pas penser pareil : un désaccord argumenté, c’est la matière même de la politique, et nous le respecterons toujours.
Reste à décider lequel des deux plus petits groupes entre cette année dans le tournus. Sur ce point, nous voulons être transparents avec ce Conseil : des discussions nourries ont eu lieu au sein de notre groupe, et elles n’ont pas abouti à une position unique. Plutôt que de vous présenter une fausse unanimité, nous avons choisi de vous dire les choses telles qu’elles sont.
Notre groupe s’est d’abord efforcé d’objectiver la décision, en la passant au filtre de critères plutôt qu’à celui de la seule sensibilité. Trois critères ont été pesés. Le premier, le résultat des urnes : il est sans ambiguïté, l’UDC a recueilli 11,05 % des suffrages, le MCG 8,47 %.
Le deuxième, la représentation : à Plan-les-Ouates, le corps électoral compte 51,5 % d’électrices pour 48,5 % d’électeurs, et la composition du perchoir peut légitimement viser un meilleur équilibre entre les femmes et les hommes.
Le troisième, plus délicat, tient aux valeurs et à la dignité de la fonction : le perchoir représente l’ensemble de ce Conseil, et chacun peut, en conscience, estimer un groupe plus ou moins à même d’incarner ce rôle.
C’est dans la pondération de ces critères que nos chemins divergent et nous l’assumons. Une partie de notre groupe estime que le vote populaire prime sur tout le reste, et qu’il convient donc de soutenir l’UDC, celle des deux qui est arrivée en tête du scrutin. Une autre partie considère que le critère du genre doit l’emporter, afin d’améliorer la représentation des femmes au sein du perchoir. Une autre encore constate que, dans le cas précis qui nous occupe, deux de ces critères s’opposent frontalement : la réalité des urnes désigne une réponse, l’exigence d’une représentation digne en désigne une autre. Ces deux exigences étant également légitimes, et ne pouvant être sacrifiées l’une à l’autre, elle choisira l’abstention. Ces trois positions sont, à nos yeux, également respectables. C’est pourquoi le groupe des Verts laissera à chacun de ses élus la pleine liberté de vote et la pleine liberté d’exprimer ce qu’il estime juste.
Que ce choix soit toutefois bien compris. Liberté de vote n’est pas absence de décision. Sur un point, nous sommes parfaitement unis : nous ne nous prêterons à aucun arrangement destiné à contourner le vote. La proposition qui consisterait à reporter, à ne pas choisir, à laisser le bureau en l’état, nous ne la soutiendrons pas et nous ne porterons pas nos voix sur la personne qui s’en ferait la porteuse. Ce Conseil doit trancher, et il doit le faire par un vote.
Un dernier mot. Au-delà des chiffres, il y a la manière : la façon dont un groupe exerce une fonction, le respect qu’il porte à cette enceinte. Pour quiconque accédera au perchoir, cette année comme les suivantes, cela restera, pour les Verts, un critère à part entière, que nous réexaminerons à chaque étape du tournus. Sans procès d’intention, mais sans complaisance.
Je vous remercie.